Celui qui apparait comme un chef de guerre suite aux attentats de Novembre ne fait que nous enfoncer plus en avant dans une séquence guerrière qu’un véritable chef d’état aurait pu éviter.
Il ne fait que gérer le court-terme, et ses décisions ne sont que le reflet du manque de clairvoyance qu’on était en droit d’attendre de notre président.

Il avait pourtant une carte à jouer, ou plutôt, la France avait une carte à jouer sur le plan international. La France, qui a perdu toute crédibilité dans le concert des nations de la planète aurait pu prendre des initiatives originales en ne restant pas le petit enfant servile des Etats-Unis. En nous immisçant dans les affaires intérieures de la Syrie, nous avons fait preuve d’ingérence foulant au pied le droit international (malgré le prétexte de la légitime défense qui n’a aucun sens dans ce contexte). Ce n’est pas en chassant le dictateur d’un pays étranger qu’on y installe une démocratie. Une démocratie ne peut s’instaurer que de l’intérieur. Et pourtant les exemples de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Libye avaient de quoi faire réfléchir !
Un processus démocratique eut été de maintenir un dialogue diplomatique avec le tyran, et tenter de le convaincre qu’il en était un pour lui faire infléchir ses positions. Bien sur, cela demande une autre envergure sur le plan diplomatique que celle de nos bras cassés pour intervenir auprès du gouvernement syrien, faire adhérer d’autres nations à cette action et se démarquer de la position US, dont la seule stratégie est de noyauter la ceinture islamique autour de la Russie (et probablement de la Chine). Il y avait de plus là matière à unifier l’Europe autour d’une position originale vis à vis des USA et de l’OTAN. Et puis la gestion même de la crise, rendue inéluctable suite à nos prises de positions et à notre soutien à des rebelles dont on ignorait les objectifs réels mais dont on savait la diversité, est un échec.

Le rapprochement avec la Russie aurait pu être ensuite une manoeuvre habile en y faisant là aussi adhérer l’Europe (cela impliquait évidemment la réouverture d’un dialogue avec la Syrie: l’entêtement est le contraire de la diplomatie), mais il fallait éviter d'en demander l’autorisation aux Etats-Unis. On voit bien comment les US ont saboté le projet en incitant la Turquie à abattre un avion russe. Bien sur, nos relations avec la Russie étaient mal parties suite à nos positions tout aussi irresponsables dans le cadre de la crise ukrainienne, encore une fois dues à notre servitude vis à vis des USA: sans être bien malin on pouvait comprendre que la partition de l’Ukraine était inévitable (et d’ailleurs elle se fera) pour des questions bêtement historiques et ethniques. Or l’intervention en Syrie, hélas devenue inéluctable suite à nos malheureuses décisions antérieures, était l’occasion de rapprocher vraiment la Russie de l’Europe, ce qui là aussi est logique sur le plan historique et géographique. Et qu’on ne nous parle pas du tempérament tyrannique de Poutine, ici aussi, ce n’est pas en se fâchant avec un chef d’état dont on ne partage pas les méthodes que l’on sert la démocratie de son pays.

Bref, deux décisions successives à contre courant nous font subir à la fois un afflux de réfugiés, des risques majeurs d’attentats, et un chantage de la Turquie vis à vis de l’Europe. Il eut été de haute stratégie de laisser les musulmans du Moyen-Orient (y compris avec la Turquie) se dépatouiller entre eux localement. Or c’est un tout autre processus qui s’engage: les tentatives d’extermination (qui n’ont aucune chance d’aboutir) de l’EI en Syrie, Irak poussent les islamistes à se propager vers le continent africain, Egypte, Libye, et surement d’autres pays après leur jonction avec Boko-Haram, et bien que la France s’en défende, il faudra bien envisager d’intervenir d’une manière ou d’une autre sur ce terrain là. On n’est vraiment pas loin d’une nouvelle guerre mondiale...

Certes, on me taxera de naÏf, prétextant que la politique étrangère suppose de bien connaitre le contexte, et en particulier de ménager les relations avec toutes les autres parties prenantes: je pense à l’Arabie Saoudite, au Qatar, etc... Je rétorquerai que précisément la grandeur d’un homme d’état s’évalue à sa capacité à avancer pour le bien commun (qui n’est ni le terrorisme ni la guerre) malgré les impératifs de compromis, et en évitant la compromission.