Jusqu’à maintenant, je n’avais jamais rendus publics ces documents, mais là, devant ce que je considère comme de la faiblesse, pour ne pas dire de l’incompétence, de notre nouvelle équipe gouvernementale, je me décide à faire partager mon point de vue en publiant de larges extraits de 2 lettres.

Voici d’abord en substance ce que j’écrivais en Juin 2012:

"Monsieur le Président de la République,
Ces réflexions émanent d'un homme, citoyen moyen, qui refuse la pensée unique. Ancien cadre supérieur noyé dans la masse, je ne suis pas spécialement économiste, mais je crois qu'une réflexion pragmatique, et volontairement simplificatrice peut éclairer le débat. Je vous parlerai donc de plusieurs sujets:
la finance, la dette, l’industrie et les dépenses publiques.
1) Finances:
Voici les premières annonces d'augmentation des impôts, diffusées par les médias. Comme tout cela est facile: la France est endettée au delà du supportable, et la stratégie du gouvernement consiste à augmenter les impôts, facile, mais irresponsable, surtout dans un pays qui croule sous son déficit commercial.
Cela me fait penser à cette entreprise qui, incapable de maitriser ses coûts, relevait ses prix de vente chaque année pour maintenir une marge positive. Résultat, un chiffre d'affaire qui se dégradait d'années en années jusqu'à la disparition de la société.
S'il est en effet urgent de réformer la fiscalité en France, augmenter la pression moyenne des prélèvements directs est inacceptable et forcément voué à l'échec à long terme (j'espère que notre Président raisonne à plus long terme que 5 ans). Bien que pas défavorable à l'imposition sur les revenus du capital, je préconiserais de veiller à deux points importants. D'une part distinguer entre revenus liés ou non à la spéculation, d'autre part éviter de pénaliser par trop les revenus des capitaux investis dans les moyens de production. La France, et tout particulièrement les socialistes, n'ont pas la culture du financement industriel par l'investissement en capital. C'est pourtant une alternative intéressante au crédit bancaire, et dans la conjoncture actuelle, une incitation au financement industriel par ce biais permettrait de minimiser les effets de la frilosité de nos banques.
Quant à la réduction des dépenses, les gisements existent, bien qu'ils demandent un peu de courage, de désintéressement et de renoncement à la popularité, mais ne sont-ce pas les qualités mises en avant par quelqu'un qui veut réformer la France ?
2) La dette
Concernant la dette: la franciser serait une bonne chose, en privilégiant les émissions de bons du trésor ou autres emprunts d'état à l'intention du public. Objectif: comme le Japon 90% de la dette détenue par les Français. De même diluer dans le public le "grand emprunt" (ce peut être par l'augmentation du plafond des livrets A) plutôt que chez les institutionnels. Si la dette était détenue par les Français, les agences de notation n'auraient aucune prise sur la France, puisqu'elles ne s'intéressent qu'aux échanges avec les banques: plus de notation puisque la France devrait peu de choses aux marchés financiers, plus d'influence de ces notes sur la bourse, et une maitrise des taux d'intérêt, puisqu'ils seraient fixés par l'Etat sur les obligations émises. Pourquoi cela ne serait-il pas possible ?
3) Économie
Redresser l'industrie française:
3.1- Court terme
Vouloir faire de la relance par la consommation intérieure ne peut donner que des résultats médiocres. D'une part parce que toute augmentation du pouvoir d'achat se traduit par une consommation accrue des produits à bas coût, qui ne sont pas produits en France, ensuite parce la consommation intérieure de 65 millions d'habitants n'arrivera jamais à concurrencer les potentialités de consommation de 7 milliards d'individus. La ré-industrialisation, et donc l’emploi, ne peut être envisagée qu'en favorisant nos exportations.
De toute façon la vie sera dure durablement: point n'est besoin de sortir de l'ENA pour comprendre que l'élévation du niveau de vie de 1,3 milliards de Chinois et de plus de 1 milliard d'Indiens (la croissance mondiale ne peut plus être à la hauteur d'un tel enjeux), sans parler de l'Afrique qui s'éveille, ne se fera pas sans impacter celui des pays occidentaux, en particulier celui des 65 millions de Français.
Toute augmentation du pouvoir d'achat des Français aboutira à augmenter les importations de produit du SE asiatique. 
L'augmentation de la TVA décidée par le gouvernement précédent était une bonne idée, vous passez à côté d'une mesure favorable rapidement à l'industrie française. Il faut au contraire augmenter le prix des produits importés, et en l'absence de droits de douane, le seul moyen est d'augmenter la TVA (mais davantage que ce que voulait Sarkozy) sur tous les produits pour inciter à minimiser les importations. Puis redistribuer la plus value aux industriels français les plus performants , ou les plus prometteurs, à l'exportation. Ceci pour le cours terme, le long terme étant l'innovation, financée par les emprunts d'état. 
Et puis, mais vous l'avez compris, obliger les banques à prêter, ou alors créer un organisme financier d'état pour prêter.
Mais de grâce, ne noyez pas les entreprises sous l’impôt si vous voulez faire diminuer le chômage !
3.2- Moyen terme
On ne décrète pas l'augmentation de la production, le maintien des équipes et des entreprises sans s'attaquer aux causes de notre désindustrialisation. Pour produire, il faut vendre, et pas l'inverse (une des premières leçons d'un cours de management industriel est la réduction des stocks).
Le manque de compétitivité de la France est essentiellement dû à deux causes depuis toujours: d'une part une relative incapacité (ou frilosité, ou timidité) à porter l'innovation à un niveau industriel (on ne connait pratiquement pas l'analyse de la valeur en France, sauf dans quelques très grandes entreprises: automobile, aviation, ferroviaire...), et d'autre part une carence dans l'art de la vente. Promenez-vous sur les salons, tant en France qu'à l'étranger, tant dans le domaine professionnel que grand public, et comparez le comportement des vendeurs français à celui des vendeurs étrangers; la légèreté, le laxisme et le manque de punch de nos vendeurs saute aux yeux. Il est impératif de former des vendeurs offensifs et convaincants, et non pas seulement de bons commerçants, apprendre aux responsables de la vente que les vendeurs, même s'ils sont bons, ne connaissent en général pas les produits. Pour vendre efficacement, et surtout des produits de technologie, il faut former des binômes vendeurs-techniciens. Il n'y a pas de honte, pour un vendeur, à s'adjoindre une compétence technique. Pourquoi les allemands vendent-ils bien des produits hors de prix ? Le problème de la compétitivité n'est pas qu'un problème de coût ! 
Même si la France est, ou a été, inventive, elle a souvent raté l'exploitation de ses innovations au profit d'industriels étrangers. Nous n'avons ni le goût du risque (en France l'échec est considéré comme une tare, alors que dans les pays anglo-saxons il est considéré comme formateur) ni le discernement quant aux potentialités commerciales d'une invention. La plupart de nos grandes écoles privilégient l'inventivité et la recherche, au détriment des formations d'industrialisation et du management productif, comme si les métiers de production étaient des sous-métiers.
Enfin arrêtons de nous gargariser avec la productivité des Français, qui compenserait les 35 heures. Cette limitation de la durée légale du travail a surtout eu pour conséquence de participer à la dévalorisation de la notion de travail. Vouloir imposer étatiquement un temps de travail maximum est une aberration; sur ce plan là l'Allemagne a raison: laissons les entreprises en décider avec leurs partenaires sociaux et en fonction de leurs spécificités propres, et surtout que l'état ne s'en mêle pas, sauf éventuellement à faire de l'incitation pour une plus importante syndicalisation des travailleurs et en posant les garde-fous pour indexer le temps de travail à la pénibilité. Il faut refuser la main mise des syndicats sur le dialogue social tant que leur représentativité n'est pas crédible, remplacer le "dialogue social" par un "dialogue industriel". Donner plus de pouvoir aux CE pour une concertation réelle entre direction et opérationnels, changer les mentalités des français pour une véritable subsidiarité (qu'elle soit plus qu'un simple vocable), valoriser les collaborateurs. 
Les propositions de Montebourg sont du long terme: aucune chance d'en voir des effets sur la mandature.
4) Dépenses publiques:
Considérons l'Administration française: La France ne s'en sortira pas sans diminuer drastiquement ses dépenses publiques. Elle accumule au cours des ans, et depuis la Révolution Française, les dépenses en ajoutant des fonctions dans son administration, sans jamais, sauf exceptions, la réformer vraiment.
On peut critiquer la méthode (ou du moins sa présentation médiatique) du président Sarkozy pour réduire le nombre de fonctionnaires, mais on ne peut critiquer l'objectif lui-même. Il est vrai qu'il faudrait réformer l'état pour réduire le nombre de fonctionnaires et non l'inverse.
L'état est encore structuré actuellement comme en 1789, ce qui serait déjà aberrant s'il s'agissait d'une entreprise industrielle, mais en plus on lui a ajouté depuis, des strates (les régions, les communautés urbaines...) qui ne font qu'augmenter les équipes en nombre et effectifs, et diminuer l'efficacité par la multiplication des conflits entre toutes ces entités administratives. Ne pas s'en rendre compte quand on sort de l"Ecole Nationale d'Administration" est proprement incroyable ! Diminuer le nombre de fonctionnaires passe d'abord par une réforme structurelle de l'administration territoriale. Diminuer le nombre de maires en entérinant la notion de regroupements de communes, mais en allant jusqu'au bout de la logique qui veut que les communes initiales disparaissent: passer (par exemple) de 36000 maires à moins de 3000 environ en découpant les nouvelles communes de sorte qu'un maire administre d'autant plus d'habitants que la densité de population est plus élevée, par exemple à raison d'un maire pour 110000 habitants comme à Paris, mais un pour 5000 habitants en Lozère. Dans la même logique, et suite à la création des régions, il est impératif de supprimer les départements pour aller jusqu'au bout de cette réforme.
Et à quoi servent nos cantons sinon à définir un découpage territorial pour élire les sénateurs ?
Les 3 strates administratives qui resteraient en France, 3000 communes, 27 régions et 1 état,  seraient bien suffisantes pour une administration efficace. L'évolution de l'urbanisation, des moyens de communication physiques et immatériels justifient pleinement une telle réorganisation territoriale. Le personnel ne sera pas en proportion de la grandeur des entités territoriales, loin de là !
Quel président (puisque nous sommes dans un régime présidentiel, et si on ne veut pas une révolution) aura la volonté désintéressée d'entreprendre une telle tâche, que nos révolutionnaires de 1789 ont bien accomplie, eux ? Ah, certes, nombre de fonctionnaires administratifs vont disparaitre, dont de très hauts fonctionnaires, et là réside bien la difficulté de la tâche, mais une telle tâche n'est-elle pas justement de celles qu'on attend d'un Président de la République, fut-il "Normal" ? En tout cas, voilà un gisement de personnel pour l'éducation, mais aussi pour les forces vives, je veux dire productives de la nation, avec à la clef, des économies substantielles sur les dépenses publiques.
Voilà, Monsieur le Président de la République, quelques unes de mes réflexions inspirées par la conjoncture actuelle."

Et voici la réponse (pour tout dire habituelle) que j’ai reçue:

"Paris, le 22 juin 2012
Cher Monsieur,
Le Président de la République a bien reçu le message que vous avez souhaité lui adresser et m’a confié le soin de vous répondre.
Soyez certain que vos diverses réflexions ont fait l’objet de la meilleure attention.
Je vous prie d'agréer, etc…"

Par discrétion, je tairai le nom du signataire, quelconque attaché de cabinet dont la mission est d’appliquer les règles de politesse de l’Elysée avant de mettre la lettre à la poubelle…

Et récemment une deuxième lettre, dont je n’ai pas encore reçu de réponse:

"Mr le Président de la République,
Dans la gouvernance de la collectivité, les hommes politiques, mais surtout les socialistes, par idéologie, par opposition systématique ou par ignorance ne font aucune relation entre le coût d'une opération et la disponibilité financière du moment. Le seul credo est: satisfaire toutes les décisions qui ont été prises pour tenter de tenir les promesses qui ont été faites aux électeurs. La source de financement est considérée comme inépuisable, un puits sans fond duquel on peut toujours extraire de la ressource. C'est à se demander comment ils gèrent leur budget familial !
Devant l'accumulation des charges nouvelles imposées aux citoyens et aux entreprises, croyez-vous vraiment que la consommation intérieure puisse augmenter, que notre compétitivité internationale puisse s'améliorer, et que finalement le chômage, source de tous nos problèmes (paupérisation, délinquance, charges de santé,…) puisse être maitrisé ? Vos beaux discours, vos prévisions optimiste (demain ça ira mieux) nous apparaissent comme relevant de la méthode Coué. La réalité - nous en reparlerons dans un an - est que la consommation va, au mieux, stagner, que nos exportations vont continuer à se déliter, que nos entrepreneurs vont fuir (le processus est déjà engagé), que par conséquent le chômage va continuer d'augmenter, et les ressources fiscales sur lesquelles vous comptez ne seront pas à la hauteur de vos estimations. Vous nous avez engagés dans un cercle vicieux, qui nous amènera à l'horizon d'un an dans une situation analogue à celle de l'Espagne. Vous le savez tellement bien que vous avez déjà engagé le processus d'augmentation de la CSG (même si vous vous en défendez, mais combien mollement). Or, sur la consommation des ménages, il n'est psychologiquement pas équivalent de réduire les revenus ou d'augmenter les prix des produits.
Mes propositions tiennent en 3 points:
- Une augmentation de la TVA, dont je vous ai déjà vanté les mérites serait une bien meilleure idée: c'est plus acceptable psychologiquement chez le consommateur, elle affecte aussi les produits importés, et elle pourrait être avantageusement reversée aux entreprises pour améliorer leur compétitivité.
- S’agissant du chômage, votre politique actuelle devrait nous amener à compter, dans un an, plusieurs centaines de milliers de chômeurs industriels supplémentaires, c'est inéluctable. Or à chômage comparable, il y avait une autre solution pour augmenter les ressources de l'état: c'est d'en simplifier la structure, diminuer drastiquement la stratification de notre organisation (cf ma lettre du 19/6/2012), supprimer les communes au profit de communautés de communes, supprimer les arrondissements, départements au profit des régions, optimiser la pléthore d'agences, etc… Certes cela ferait beaucoup de chômage, mais pas dans l'industrie. Vaut-il mieux 400000 chômeurs de l'industrie ou 400000 chômeurs de la fonction publique ?
- Enfin, plutôt que de gesticuler pour apprendre aux entreprises ce qu'elles doivent faire, ce qu'elles savent bien mieux qu'un ministre du développement productif, il serait plus avantageux de parlementer avec les syndicats pour les convaincre que la flexibilité est la meilleure solution pour diminuer le chômage.
Notre industrie automobile est malade; vous avez décidé de favoriser le développement d’une filière voiture électrique, et vous baissez le prix des carburants; n’y a-y-il pas contradiction ? L’augmentation, au contraire du prix des carburants, aurait deux avantages: des recettes pour l’état, et une incitation pour la voiture électrique. L’Italie a des prix de carburants environ 20% plus chers que la France, ça n’en a pas fait une révolution pour autant !
Je sais que je prêche dans le désert, mais ne pourrait-on pas avoir, pour une fois, un gouvernement fort et visionnaire plutôt que démagogique et navigant à vue ?
Avec mon profond respect,…"