La France a non seulement accumulé une dette colossale, mais de plus elle ne cesse de s’appauvrir à cause d’un déficit commercial récurrent. Or dans ce monde ouvert, il est indispensable, pour survivre, de maintenir sa place sur la scène internationale. Il faut être plus malin, plus rusé, plus convainquant que les autres, qualités que les Français ont perdues (s’il les ont jamais eues) bien au chaud dans le petit confort douillet de peuple assisté. Aucune mesure protectionniste ne peut nous aider vis à vis d’un marché qui s’est déplacé vers l’Est, et qui concerne, non plus les 900 millions d’habitants du monde occidental, mais bien les quelques milliards d’individus de l’Est et du Sud. Alors les mesures protectionnistes que l’on peut mettre en place ne peuvent avoir comme conséquences que de nous fermer ces marchés pour lesquels cette petite France de 65 millions d’habitants ne représente rien.

La rigueur qui s’installe, et dont nous ne voyons que les prémisses (cf la Grèce, l’Espagne et l’Italie, et ne croyez pas que nous soyons à l’abri), quelle que soit la couleur du prochain gouvernement, est le résultat mathématique de notre apathie suite aux 30 glorieuses. Certes on dit que le gouvernement actuel a doublé les déficits, mais ce déficit a commencé à se creuser sous les gouvernements socialistes, et leur responsabilité n’est pas moindre que celle de ceux qui ont continué dans le même sens.
Que s’est-il passé ? En fait, ces « 30 glorieuses » nous ont habitué à vivre dans l’opulence, c’est cette époque qui a permis l’amélioration des protections sociales de toutes sortes, chômage, maladies, aides aux plus démunis, etc…, alors que ça ne coûtait pas grand chose dans la mesure où les recettes étaient confortables, et les besoins bien moindres (presque plein-emploi, espérance de vie plus courte…). Ces habitudes, sans leur porter de jugement de valeur, se sont maintenues alors que l’économie commençait à évoluer vers une mondialisation inéluctable (les pays sous-développés n’ont-ils pas droit, en effet, d’aspirer à un bien-être comparable au nôtre, et ce fatalement en exportant vers les pays occidentaux, assez riches pour les acheter ?), que nos dirigeants n’ont pas prise en compte, soit par laxisme, soit par lâcheté, voire par incompétence.

Le déficit de la France est du essentiellement à deux effets: d’abord parce que nous avons voulu maintenir toute la protection sociale acquise alors que nous n’en avions progressivement plus les ressources (et qu’on ne vienne pas me dire qu’on aurait dû augmenter la pression fiscale sur les plus riches dans un pays où elle est déjà la plus élevée parmi les pays occidentaux, même si on pourrait effectivement améliorer la progressivité de l’impôt), d’autre part parce que nous ne savons pas gérer les finances publiques en « bon père de famille », octroyant des financements en fonction du soi-disant besoin de la population en terme d’infrastructure (bien souvent pour satisfaire les besoins électoraux de nos représentants), et en multipliant les postes de fonctionnaires, sans se préoccuper de l’argent dont on dispose. Il est tellement plus simple d’emprunter que de dire non, de toute façon ce sont les générations futures qui rembourseront, n’est-ce pas ?

Bref, pour la crise de 2008 (la première crise), le schéma est simpliste, même si l’on veut nous faire croire que tout ça est bien compliqué (les politiques et les financiers sont experts dans l’art de noyer le poisson vis-à-vis du commun des mortels): les financiers américains ont consenti des prêts de manière irresponsable à n’importe qui (y compris des insolvables), ils ont « mouillé » les banques européennes, qui se sont laissées entrainer vers les produits toxiques qu’on leur proposait, réduisant d’autant leur capacité de crédits à l’économie, ou les renchérissant, induisant ainsi une augmentation du chômage, qui provoque une diminution de ses ressources et probablement aussi un accroissement des charges sociales du pays. Ces effets, liés à un manque de compétitivité de la France qui n’a pas su, comme l’Allemagne gérer ses salaires et former ses vendeurs, ont finalement amené l’état à emprunter.

En fait les Français n’ont pas su (ou n’ont pas voulu) voir que la présence du reste du monde avait une influence sur le fonctionnement de leur pays, et prennent les riches comme bouc émissaire de leurs difficulté. Or, même si on les ponctionne au delà de tout entendement (ponctionner les revenus des plus riches à 100%, comme le dit Mr Mélanchon, or si on vous prenait la totalité de ce que vous gagnez, travailleriez-vous encore ?), ce ne sont pas ces revenus qui financeront ne serait-ce que le remboursement de la dette. Le problème est bel et bien que les Français sont complètement hermétiques à toute idée de changement de leur train-train quotidien, et sans doute trop imbus d’eux-mêmes pour admettre qu’ils ont besoin de se remettre en cause, surtout au niveau individuel.

Il faut comprendre que toutes les gesticulations actuelles ne sont que des tentatives de recherches de financement de la dette par de la dette, et donc d’augmentation de la dette. Quant à moi, je ne crois pas aux vertus d’une croissance, toute hypothétique, que nous n’avons plus les moyens de créer.
Je suis convaincu que la seule issue serait de rembourser la dette colossale que nous avons, 1700 milliards d’Euros (plus les intérêts à ce jour), soit plus de 26000 Euros par tête. Rendez vous compte qu’ensuite nous économiserions quelques 50 milliards par an de remboursement de l’intérêt de la dette, soit l’équivalent de l’impôt sur le revenu, et quelques 100 milliards de remboursement du capital de la dette, soit l’équivalent du reste des impôts directs. De quoi être ensuite, à pression fiscale constante, en excédent et ainsi en mesure de largement financer une croissance dont tout le monde bénéficierait. Et ne plus dépendre des agences de notation qui ne s’intéressent évidemment qu’aux organismes endettés. Certes, d’éminents économistes, et politiques, s’évertueront à démontrer qu’on peut étaler ces remboursements, qu’un pays peut valablement être géré avec une dette, etc…
Il n’en reste pas moins que le chiffre cité plus haut de 26000 Euros par Français, et qui ne cesse d’augmenter, représente bien ce qui lui sera ponctionné de toute façon quelles que soient les promesses qui lui seront faites aux échéances électorales. Si l’on considère les Français qui n’ont pas de revenus (inactifs, enfants, etc…), soit la moitié environ, cela représente 52000 Euros pour les actifs. Si l’on considère les bas revenus qu’on ne pourrait humainement pas solliciter, soit encore la moitié (au bas mot) des actifs, cela représente 104000 Euros pour les autres. Et si l’on considérait les 10% de suffisamment riches pour payer l’essentiel de cette dette, cela représenterait 260000 Euros par personne. Croyez vous vraiment qu’ils les paieront sans que tous les autres n’en subissent pas les conséquences ?
Si oui, hé bien, vous êtes fort naïfs !
Considérez donc tous que nous allons perdre équitablement au moins 1 an de revenu (puisque le PIB est à peu près équivalent à la dette), et ce, quelle que soit la solution choisie, mais la moins douloureuse est certainement la plus rapide, celle que je préconise. Je fais remarquer en passant que les sommes épargnées actuellement par les Français en assurance vie représentent à peu de chose près le montant de la dette...