Je cite "Home of nomad spirit" dernièrement dans AgoraVox :

La promesse d’éradiquer le chômage confine, nous semble-t-il, à une promesse démagogique pour gagner du temps et faire patienter les affamés qui s’accrochent à cet espoir comme une araignée à sa toile.
Nous sommes certains que nos responsables n’ignorent pas la vanité de cet espoir dans la présente société…que nous avons appelée de nos vœux. Il fut un temps où faucher les blés nécessitait une importante main-d’œuvre. Aujourd’hui avec un homme et une machine, le travail se fait mieux et plus vite. Et cet exemple se multiplie à l’infini. Aujourd’hui, à l’aide de pelles hydrauliques, de compresseurs, de bétonnières industrielles et d’asphalteuses le nombre d’ouvriers se réduit à une portion congrue. Souvent, si ce n’est dans la plupart des cas, les nouvelles technologies induisent un chômage de masse. Il est probable que les activités à pourvoir dans un proche avenir, seront celles dévolues aux spécialisations. L’automatisation génère des gains de qualités et de rendements très supérieurs à ceux fournis par l’homme, ainsi que des coûts réduits, tout en sauvegardant un bénéfice raisonnable.

 On ne s'est jamais vraiment posé, philosophiquement parlant, la question de savoir ce que l'évolution technologique pouvait induire comme changements dans la vie de tous les jours des hommes. Le souci principal a été de rentabiliser l'action pour le plus grand bénéfice des détenteurs des apports de cette évolution. Cela a commencé avec le métier à tisser, qui a mis des quantités de travailleurs à la rue. Jamais les acteurs de l'industrialisation, ni les politiques - dont ce devrait pourtant être le rôle - ne se sont posé la question de savoir comment on allait faire vivre, et donc rémunérer, tous ces gens qu'on mettait à la porte, sans possibilité, pour la plupart d'entre eux (donc hors ceux qui étaient assez entreprenants pour créer leur propre industrie) de retrouver de quoi gagner une capacité à survivre. L'utilisation des possibilités de l'évolution technologique est toujours apparue comme une avancée, comme un progrès, y compris pour le bien des individus, arguant du fait qu'elle apportait un confort supplémentaire, ou une facilité d'accès à certains biens. C'est à dire qu'on s'est intéressé aux améliorations du produit de l'industrie, et on l'a justifié par la qualite du service rendu à chaque utilisateur, sans penser - ou sans vouloir penser - aux implications que pouvaient avoir les changements de l'outil de travail sur les conditions de vie des hommes. Tout se passe comme si on voulait favoriser ceux qui sont nantis (ceux qui ont la possibilité d'acheter) au détriment de l'accès au travail des autres. Avant l'ère industrielle, chacun travaillait naturellement pour gagner sa vie (d'une manière ou d'une autre), et vivre impliquait de travailler, c'est à dire de produire quelque chose à manger, ou quelque chose à échanger pour manger, ou encore à rendre un service avec la contrepartie d'obtenir de quoi manger. L'ère industrielle a changé la donne, puisqu'il est devenu possible de produire par un seul individu de quoi fournir les besoins de centaines, voire de millions d'individus. Alors qu'en est-il du nombre d'individus laissés ainsi sur le carreau, sans possibilité de fournir le bien ou le service qui leur permettrait de vivre ?
Certes, l'évolution technologique était nécessaire, et probablement inéluctable, mais la cupidité naturelle de l'homme, n'en a exploité qu'un aspect: celui de l'enrichissement de son propriétaire, au détriment de ceux qui ont été ainsi privés des possibilités de participer à la vie de la société. Or, l'évolution technologique devrait, sans léser la plupart, participer à l'amélioration des conditions de vie et du bien-être de chacun, ce que n'oublient pas, d'ailleurs de mettre en avant, de la manière la plus hypocrite, les services marketing des propriétaires, ou exploitants des capacités de l'évolution technologique. Les conséquences de cet état de fait est une course insensée à la croissance pour que, malgré la diminution du besoin de main d'oeuvre, chacun soit sensé trouver une occupation rémunératrice. De plus cette situation est aggravée, d'une part, par l'application de cette sacro-sainte "loi du marche", qui veut que le prix a payer soit fonction de l'offre et de la demande, et non pas comme ce serait plus équitable, uniquement fonction du coût de revient (assorti, naturellement, d'une marge acceptable pour les investissements, pour les risques des investisseurs, les prélèvements sociaux et étatiques, etc...) et, d'autre part, par la spéculation (voire la corruption).
Alors pourquoi n'en serait-t-il pas autrement ? Peut-on croire à une croissance perpétuelle qui assurera aux sept milliards d'humains de notre planète de pouvoir vivre, sinon dignement, mais même simplement de vivre ? Il me parait clair que notre modèle économique actuel ne permet pas d'assurer la subsistance de l'humanite actuelle, et encore moins de sa croissance supputée. Il me parait aussi clair que les responsables et les gestionnaires des capacités industrielles s'en fichent, leur unique objectif étant la rentabilité et la compétitivité, et que nos responsables politiques se sentent impuissants quand ils sont de bonne foi, sont incompétents quand ils sont de mauvaise foi, s'ils ne sont pas corrompus et au service des premiers.