Le pouvoir d’achat est le rapport entre ce que chacun gagne et les prix à la consommation. Or nous sommes entrés dans une spirale infernale, un cercle vicieux: plus les produits français sont chers, plus les consommateurs s’orientent vers des produits bon marché importés, favorisant certes par là l'essor des pays en voie de développement - ce qui est une bonne chose - mais en limitant les possibilités de réduction de coûts des produits locaux. Pourquoi ? Parce que la production diminuant, l'amortissement de tous les frais de fonctionnement et fiscaux s'imputent sur des quantités moindres. Indépendamment du taux de change de l'Euro, les prix des produits locaux ont tendance à augmenter, ce qui limite la capacité des entreprises à augmenter leurs charges salariales, le cumul des deux phénomènes provoquant la diminution du pouvoir d'achat.
Il ne faut pas s'étonner que certaines entreprises délocalisent leur production en tout ou partie, car l'objectif d'un chef d'entreprise est d’en assurer la pérennité pour le rémunérer lui d'abord, en général ses employés (quand même !) et les actionnaires qui lui ont fait confiance, au risque de les voir se tourner vers d'autres placements plus rémunérateurs. Notons en passant, que les agriculteurs sont plutôt mal lotis, ne pouvant espérer délocaliser leur production sans se délocaliser eux-mêmes. La haine que les Français témoignent envers les chefs d'entreprises dénote tout simplement de leur débilité mentale (qu’évidemment les anticapitalistes de tout bord prennent soin d’entretenir sans pour autant leur proposer d’autre alternative pour leur gagne-pain): l'éternel leitmotiv des premiers est que les seconds s'enrichissent sur leur dos, sans comprendre ou ne voulant pas comprendre que les uns font vivre les autres.

L'équilibrage des pouvoirs d'achat dans le monde se fait petit à petit et, n'en déplaise à certains rêveurs, vers une moyenne, le « nivellement par le haut » étant une utopie ! Il n'est pas possible que la croissance mondiale moyenne arrive à amener le pouvoir d'achat des pays pauvres au même niveau que celui des pays riches, contrairement à ce que croient les utopistes, ce que veulent faire croire les syndicats français (et la gauche en général), aux moins favorisés. Cet équilibrage ne peut se faire qu'au détriment des pays développés et surtout des moins dynamiques, dont, hélas, fait partie le France.
Comment imaginez-vous qu'un pays comme la Chine avec plus de 1,3 milliard d'habitants et une croissance annuelle du PIB à 2 chiffres, arrive à cette performance dans un monde dont la croissance moyenne du PIB est plutôt aux alentours de 2%, sans pomper des revenus sur les autres pays. Si vous croyez cela possible, je plains le budget de votre ménage ! En fait elle exploite au maximum les pays pauvres qui ont des ressources, tels les pays africains, les appauvrissant donc davantage, et provoquent des déficits commerciaux colossaux des pays riches. Les industriels de ceux-ci n'ont pas d'autre issue, pour s'en sortir, que de délocaliser dans les pays dynamiques à main d'œuvre peu couteuse (justement la Chine entre autres) pour fabriquer les produits les plus standard, accentuant par là le déficit commercial de leur pays d’origine.
Illustration (que les éminents économistes me contesteront, mais pas si fausse que çà !): admettons que le salaire moyen annuel de la Chine soit de 1000 Euros, alors qu'il est supérieur à 10000 euros en France, 10% de PIB supplémentaires correspond à 100 Euros pour chaque Chinois, soit 130 milliards d'euros. Ces 130 milliards sont pris sur le reste du monde, c’est à dire sur 4,7 milliards d'individus, dont le salaire moyen est voisin, sinon inférieur à celui des chinois, mais qui n’a augmenté son PIB que de moins de 2%, soit 94 milliards d'euros, les 36 milliards qui manquent sont donc pompés non pas sur le reste du monde, mais bien sur les pays développés qui ne représentent pas plus de 1 milliard d’individus. Ainsi, en gros, le PIB de ce milliard d’individus aura donc diminué de 36 milliards d’euros, soit 36 euros par personne.
Comment cela se traduit-il dans la société ? Evidemment par l'accroissement du nombre de personnes vivant de manière précaire, et on le constate par l'augmentation continuelle des bénéficiaires d'aide et de secours humanitaires divers. On s'étonne, on s'insurge devant cette augmentation, mais c'est le résultat d'une politique qui a encouragé le farniente (les 35 heures entre autres), qui a instauré le SMIC, vis-à-vis d'un monde dont des populations gigantesques par rapport à celle de la France veulent absolument, et à juste raison, n'est-ce pas, s'en sortir. En fait, dans cette conjoncture, la France ajuste sa moyenne de salaires à la baisse en accroissant les disparités entre les riches et les pauvres, ou tout simplement entre ceux qui gagnent à peu près leur vie (ou au minimum un smic imposé) par rapport à ceux qui vivent en dessous du seuil de pauvreté.

Alors que peut-on faire ? A mon sens quatre choses que je ne vais pas forcément présenter par ordre de priorité (j'élude ici volontairement le problème de la gestion financière dans le monde, sujet d'un autre débat):

  • Remettre les gens au travail en leur redonnant le goût de travailler, et surtout d’entreprendre et innover (c’est à dire prendre des risques). Oh ! la pilule va être amère à la suite d'une période aussi facile, quoi qu'on en dise.
  • Diminuer de manière drastique le nombre de fonctionnaires et les réorienter vers des emplois directement productifs de richesse nationale.
  • Améliorer le dialogue social dans l’entreprise selon d’autres forme que le dialogue actuel et stérile entre syndicats non représentatifs et patronat imbu de son pouvoir.
  • Enfin apprendre à vendre, ce qu’en moyenne la France ne sait pas faire, principalement sur le marché international.

Tout ça ne peut se faire que sur le long terme, et le futur immédiat restera marqué par la tendance actuelle. Les pays “du Nord“ qui s'en sortiront le mieux sont d'abord ceux qui ont des richesses naturelles importantes, c'est le cas de la Russie, qui est d'ailleurs pratiquement le seul à être dans ce cas, avec peut-être le Canada. Ensuite, les pays à fort potentiel technologique et/ou dynamiques: Allemagne, Etats-Unis, Finlande, Japon, Corée… et puis ceux qui ont la volonté financière pour investir dans les pays en voie de développement et rapporter des revenus chez eux: les Etats-Unis, l'Allemagne, les producteurs de pétrole…
Eh oui ! je n'ai pas cité la France qui ne semble pas posséder ces vertus: apparemment pas de richesses naturelles, si ce n'est son tourisme (je dis apparemment parce que je lui crois quelques possibilités sur lesquelles je reviendrai), pas de dynamisme, hormis quelques entrepreneurs clairvoyants (heureusement), et peu d'innovateurs (ou du moins un manque d'initiative pour industrialiser l’innovation) , quant aux capacités d'investir dans les pays en cour de développement, la France manque de volonté et de force de conviction, et puis il est tellement mal vu d'investir à l'étranger…!! Et enfin, le travail y est trop réglementé suite à des manoeuvres gauchisantes et des syndicales non représentatifs.
Pour revenir aux potentialités de la France que je sous-entendais plus haut, il s'agit de sa matière grise: je crois que son esprit inventif existe, bien que relativement émoussé et surtout endormi par le manque de pratique. Elle dispose toujours d'un certain nombre de savoir-faire exclusifs, mais qui sont mal protégés et s’évadent. C’est aussi un pays où les ménages sont relativement moins endettés et où l'épargne est importante. Il faudrait cependant se réveiller avant que le patrimoine national ne soit mangé par un déficit commercial chronique.

Dans tous les cas, et quelle que soit sa volonté de s'améliorer, la France, dans la conjoncture actuelle et à venir, passera par une phase de vaches maigres avant de s'en sortir: toute velléité d'action y est aussi difficile à concrétiser qu'un accouchement dans la douleur, tant les gens sont conservateurs, les réticences, voire les oppositions systématiques à toute proposition de changement le montrant bien. Tout espoir n’était pas perdu, peut-être, parce que nous bénéficiions enfin d'un gouvernement têtu et opiniâtre, et d'une opposition qui n'a toujours rien à proposer. Aujourd’hui, le constat est décevant: la majorité lâche son élite et l’opposition voudrait que les instances régionales remplacent le parlement ! (à méditer)