Pour l’aspect quantitatif, la question n' est pas de savoir si la planète peut nourrir 6 ou 30 milliards d'individus, mais quelles conséquences ces milliards d'hommes vont avoir (ont) sur l’équilibre écologique de la planète. Personnellement, je considère que vouloir faire cohabiter des milliards d’êtres humains avec une nature conforme à ce qu’elle était encore au 19ème siècle est une utopie, et c’est pourtant ce que les écologistes voudraient obtenir. Nos 6 milliards actuels d’individus ont déjà une influence notable sur le fonctionnement de la planète par leur seule existence: les surfaces qu’ils occupent, les besoins en nourriture végétale et animale que cela suppose, leurs besoins de déplacement, etc... Qu’en sera-t-il dans 10 ans seulement ?
Jusqu’à un passé récent, il était inconvenant, voire tabou, de parler d’une limitation de la population humaine mondiale, sauf pour les 3 pays qui en souffrent (Chine, Inde et Japon), et surtout d’envisager des mesures coercitives. Je remarque heureusement que quelque voix commencent à se faire entendre dans ce domaine: la population mondiale devient un sujet de discussions. Cela devient nécessaire car, d’une part la fécondité étant plus importante dans les pays les plus pauvres, elle participe ainsi à leur paupérisation, et d’autre part dans les pays en voie de développement, l’augmentation du niveau de vie implique des agricultures de plus en plus énergivore et donc de plus en plus polluantes.

Sur le plan qualitatif, il faut tenir compte de la nature humaine: il est facile de dire que l'homme doit respecter la nature, et même de mettre en place les règlements adéquats, mais ça n'empêchera pas la nature humaine de s'exprimer, en particulier son âpreté au gain.
Croyez-vous que les gouvernements réunis à Copenhague aient réellement le pouvoir d’infléchir l’évolution actuelle ? Bien sûr que non, ils sont forcément suiveurs des intérêts des lobbies de toutes sortes, nationaux ou internationaux, et ils le savent bien, d’où leur constat d’impuissance.
Ce n’est pas parce qu’ils n’arriveront pas à se mettre d’accord que le sommet échouera, mais bien parce qu’ils leur est impossible de mettre en oeuvre ce sur quoi ils pourraient se mettre d’accord. Nous en avons un exemple récent, mais la plupart des hommes ne l’ont pas compris, ou ne veulent pas le voir: il s’agit de la réaction des états vis à vis des banques dans la crise actuelle. Ceux-là ont mis en jeu leur crédibilité pour éviter la faillite du système financier international (en espérait-ils réellement une contrepartie ?), et l’urgence pour les banques a été de s’affranchir le plus vite possible du joug qui leur était ainsi installé, non seulement pour continuer à spéculer sans besoin de rendre des comptes, mais - oh, ironie - en utilisant même pour ce faire, leur capacité à spéculer avec les fonds qui étaient mis à leur disposition ! Alors comment voulez-vous que les états mettent en oeuvre les moyens de limiter le réchauffement climatique contre de telle capacité de chantage ?
Or, dans le cas du réchauffement climatique, ce ne sont pas seulement les banques qui sont en cause, mais aussi et surtout les exploitants de biens de consommation, exploitants de ressources naturelles et de matière grise (biens et services) autrement plus « indispensables » que les banques elles-mêmes.

Ainsi, même si les participants arrivent à un accord, ce sera un coup d’épée dans l’eau, comme ce qui a résulté du sommet de Kyoto: non pas une réduction des gaz à effet de serre, mais bien à une augmentation dans la continuité de l’évolution précédente. Tant que les écologistes, c’est à dire les activistes, ne comprendront pas que la nature humaine est en jeu, ils s’intéresseront à la correction des conséquences, mais pas à la cause réelle, ce qui ne peut être efficace.
La solution ne peut pas venir des gouvernements, mais probablement du peuple lui-même, qui devra imposer, quand il aura trouvé un consensus assez large pour agir, des modifications de pratiques des grands acteurs de l’économie mondiale - facile à dire, mais pas facile à faire !

Ce qui me frappe, dans les discussions de ce sommet et autour de ce sommet, c’et qu’on ne raisonne qu’en terme d’argent: il faut attribuer des crédits, crédits pour développer les énergies nouvelles, crédits pour les pays pauvres et en voie de développement, etc... Mais d’où vont provenir ces crédits ? Forcément d’une production accrue de « richesses », donc de la consommation des individus, et donc finalement d’une augmentation de la production polluante, puisque c’est essentiellement ce que nous faisons dans l’état actuel du savoir-faire de nos industries.
Le résultat en sera d’abord un enrichissement des lobbies économiques, et un un élargissement de la fracture sociale. En fait , ne faudrait-il pas commencer par consommer moins, essentiellement dans les pays développés où chacun devrait se sentir concerné, puis transférer tous les investissements prévus normalement pour l’évolution de l’outil de production, et avant tout de production d’énergie, vers des technologies propres.
Plus prosaïquement et comme illustration immédiate du pouvoir de l'argent, n'est-il pas choquant que nos média se dédouanent de leurs dépenses en CO2 pour couvrir l'évènement, en payant une taxe compensatoire pour les énergies nouvelles ou les pays pauvres ? Tant que l'homme considérera qu'il peut compenser un mal par de l'argent, en fait acheter son droit à faire le mal, aucun progrès ne pourra se faire dans le domaine écologique (entre autres).
Je regrette de le dire, mais le problème du réchauffement climatique n’est pas celui des pays pauvres, qui n’y participent que marginalement, mais bien celui des pays riches et en voie de développement. Le problème des pays pauvres est qu’ils en subissent les conséquences, et que tant que l’homme ne saura pas (ou ne voudra pas) partager, il en sera ainsi. Je ne crois à aucune envolée lyrique de centres de profit clamant qu'ils aident les pays sous-développés.
La source de nos problèmes écologiques, c’est d’abord notre système économique où la raison d’être de nos plus grandes entreprises est le profit avant toute autre considération, et surtout toute considération humaine ! Et tant que le profit sera la loi, la terre se réchauffera...

Le seul point positif que je vois dans le sommet de Copenhague, c’est que, grâce à la publicité qui en est faite (mais à quel prix !), il participe à la prise de conscience par la foule du gaspillage que nous faisons de notre planète. Ainsi chacun se sent individuellement un peu plus concerné, et réfléchira un peu plus aux conséquences de ses actes quotidiens. Mais comment maintenir la pression ?