Si l’on y réfléchit un peu, notre société est basée sur un leurre: aucune des banques dans lesquelles nous avons déposé notre argent ne possède les actifs qui permettraient de rembourser ses clients. Vous me direz que c’est le principe même du fonctionnement d’une banque: elle engrange l’argent de ses clients, et le prête, avec intérêt, à d’autres.
Or les banques ne se limitent plus à ce principe de base, elles « investissent » dans des organismes divers et variés, elles en deviennent donc actionnaires, en espérant faire fructifier davantage leur argent - notre argent - ! Cela pose deux questions: est-ce encore leur mission ? et quel avantage en retire le client moyen comme vous et moi ?
Qui plus est, le système financier mondial, étant de plus en plus compliqué, les investissements dont je parlais plus haut sont de plus en plus risqués: ils ne se font plus uniquement sur des valeurs tangibles, concrètes comme peuvent l’être des entreprises industrielles, mais sur des produits qui sont un amalgame de toutes sortes de valeurs plus ou moins risquées, parce que de moins en moins transparentes.
Et même le prêt, outil fondamental de la banque, est de plus en plus risqué: on ne prête plus seulement à des créanciers en qui on peut faire confiance en ses capacités potentielles de rembourser, mais aussi à des personnes, physiques ou morales dont on sait pertinemment qu’elles ne pourront rembourser que si l’évolution de la croissance est positive (c’est le principe des subprimes). Il ne s’agit plus alors de gestion, mais de jeux de hasard !
Bien sûr, les banques prennent alors des garanties auprès d’organismes qui sont en principe là pour ça, les assureurs, mais dont le fonctionnement est encore plus hasardeux puisqu’il s’agit d’un pari que les dépenses, les remboursements aux clients, seront toujours inférieures en moyenne aux recettes, les primes des clients. Ces organismes ne se contentent pas non plus d’ailleurs d’effectuer leur mission, mutualiser les recettes pour secourir les malchanceux, mais appliquent aussi les mêmes pratiques que les banques en termes d’investissements hasardeux, soi-disant pour limiter le montant des primes, ce qui ne peut fonctionner que si les investissement sont rentables, donc là aussi un pari sur la croissance.
Comme les premiers, les banques, investissent en partie sur les seconds, les assureurs, le système devient complètement opaque.
Au dessus de tout ces risques, il y a les garanties suprêmes, les banques centrales, c’est à dire les Etats qui mettent alors en jeux leur crédibilité en soutenant tous ces joueurs, parieurs et irresponsables par les financements qu’ils accordent, avec de l’argent qu’ils n’ont pas, c’est à dire en s’endettant et en faisant fonctionner la planche à billets.
Alors, je vous demande, quelle différence entre l’escroquerie pyramidale de Madoff, qui payait les intérêts de ses anciens clients par les placements des nouveaux, et les banques qui ne peuvent rembourser qu’une faible partie de leurs clients avec leur liquidités, le reste étant tributaire des aléas du marché. Dans les deux cas, il est impossible de rembourser tous les clients si d’aventure, ils s’en présentaient trop simultanément. C’est pour éviter une telle éventualité que les états se sont portés garants jusqu’à une certaine somme, des avoirs des clients, tout en sachant pertinemment qu’ils ne pourraient le supporter si elle se produisait malgré tout. Il fallait à tout prix éviter une panique générale.
Notons en passant que le re-financement direct des banques procède d’une autre logique: faire en sorte que les banques se retrouvent en situation de pouvoir faire des prêts pour éviter un arrêt de l’économie locale, alors qu’un coup de pouce au pouvoir d’achat profiterait surtout aux délocalisations et n’aurait qu’une incidence très faible sur l’emploi.

Finalement les deux questions sont:
1- Qui est le financier ultime de toutes ces magouilles ?
Je ne parle pas de vous et moi, qui n’arrivons déjà pas à couvrir les frais de fonctionnement de l’administration publique. Non il faut chercher vers les pays à forte croissance, comme la Chine et le Brésil, qui arrivent à nous vendre des produits pas chers, que nous sommes incapables de produire à des prix compétitifs. Il faut chercher aussi vers les pays détenteurs de matière premières, gaz, pétrole et autres métaux ou minéraux. Bref tous ces producteurs qui nous pompent petit à petit notre richesse sournoisement parce que nous ne voulons pas voir qu’il est inéluctable de partager avec les deux ou trois milliards d’habitants de pays en voie de développement, nous qui ne représentons qu’un tout petit milliard en cumulant l’Europe et l’Amérique du Nord. Finalement le financier, fondamentalement, c’est nous par l’intermédiaire de ces pays.
2- Après la chauffe de la planche à billet, sur quoi est assise maintenant la valeur de l’argent ?
Là je laisse la réponse en suspend, mais il me parait inéluctable qu’un jour ou l’autre le pouvoir d’achat des pays développés soit ramené à la valeur que représente réellement sa monnaie...