D'abord, le problème de pouvoir d’achat en est-il vraiment un ?
Je ne parle pas des gens dont les revenus sont ridicules: les RMIstes, les travailleurs au smic à temps partiel, et autres non salariés (dont un certain nombre de retraités).
Je veux parler du pouvoir d’achat de tous les travailleurs payés au moins au smic: quand on regarde la courbe d’évolution du smic et celle de l’indice des prix à la consommation depuis 1980 (graphique ci-contre réalisé à partir des données de l’INSEE), leur comparaison fait apparaître une augmentation constante du pouvoir d’achat. Donc le problème ne viendrait-il pas d’ailleurs ?pouvoirDachat.png

Le pouvoir d’achat du smic de 1980 à 2008:

Je vais essayer de faire un peu de philosophie économique et sociale. Le pouvoir d’achat est constitué par le différentiel entre les rémunérations et les charges, on a trop tendance à ne revendiquer que l’augmentation de l’un, et pas assez la réduction des autres, c’est une perversion. Chacun ne serait-il pas victime du consumérisme ambiant effréné et imposé par les lobbies des grands groupes pour leur seul bénéfice: combien de produits sont jugés aujourd’hui indispensables alors qu’ils n’existaient même pas en 1980 ?
Et pourquoi les employeurs devraient-ils indexer les salaires de leurs employés sur la satisfaction de l’accès à de tels produits ? Traditionnellement, on avait en tête qu’une amélioration de son confort (et je ne dis pas bonheur, tellement ces deux notions me semblent indépendantes) se méritait et pouvait être satisfaite par son travail, et par l’amélioration du service rendu: n’importe quel travailleur indépendant vous dira bien qu’il ne conçoit pas d’amélioration de son train de vie sans augmentation de la satisfaction des ses clients, ou en élargissant sa clientèle, c’est à dire, soit en améliorant sa propre efficacité, soit soit en travaillant plus.
Il est clair que les meneurs, syndicats et partis d’extrême gauche, voire simplement de gauche (tant leur programme est actuellement vide de contenu,en France en tout cas) ont intérêt à faire croire à chacun que le bonheur ne peut s’acquérir que grâce à l’accès à tous ces produits de plus en plus sophistiqués « dont on ne peut pas se passer », mais qui ne sont en fait que le résultats de besoins créés chez l’individu aux seules fins d’enrichir leurs promoteurs. Il est quand même inconcevable, humainement j’entends, qu’on arrive à faire acheter à n’importe qui n’importe quel produit parce qu’il est estampillé d’une marque à la mode (les adultes, et surtout les enfants, cibles privilégiées des publicistes, en sont les victimes), ce qui n’est motivé que par un pur snobisme. Ne sommes-nous pas aussi victimes de la surenchère sur les produits multimédia en particulier TV, Mobiles, accès internet et autres lecteurs MP3. Quelle famille aujourd’hui n’est pas équipée de mobiles, éventuellement pour chaque membre de la famille, et à quel prix ? (largement plus de 50 millions de téléphones mobiles en France, soit presque 1 par personne). La publicité obéit à des données scientifiques très élaborées pour influencer les individus !
Mais c’est surtout une propagande orchestrée par la gauche sur le pouvoir d’achat, qui tend à faire croire qu’il a diminué en montrant l’exemple des moins favorisés, et en tentant de faire croire que c’est le cas général. Entre parenthèses ceux là, de la gauche, y compris Besancenot ne sont jamais dans ce cas. Or il y a une différence entre améliorer le sort des moins favorisés et exiger une augmentation générale des salaires !

Où sont finalement les vrais problèmes de pouvoir d’achat ?
S’agissant d’abord des charges, j’en vois essentiellement trois: les loyers, les marges de la grande distribution, et les organismes financiers.

  • Pour les loyers, la courbe d’évolution n’a manifestement pas suivi celle des prix à la consommation. Elle est due pour l’essentiel à l’enrichissement des promoteurs immobiliers. C’est un vrai cercle vicieux: on achète un terrain, on y construit un immeuble dont on vend les appartements avec gros bénéfice, les loyers qui en découlent suivent une logique de retour le plus rapide possible sur investissement. Constatant la plus-value du promoteur, les nouveaux vendeurs de terrains font de la surenchère et ainsi de suite. Et l’augmentation du nombre d’agences immobilières, ainsi que leur taux de rémunération participent aussi à cette évolution.
  • La marge de la grande distribution: comment expliquer le décalage entre l’évolution des prix de ventes et celle des prix à la production. Et ici aussi on vous crée des besoins: pourquoi des fraises, du raisin ou autres denrées anachroniques au mois de janvier, par exemple ?
  • Les organismes financiers, banques, assurances et organismes de prêts: ce sont tous des escrocs. Les assurances, dont la vocation est mutualiste par définition, et donc devraient fonctionner sans but lucratif (pourquoi certaines mutuelles, qui redistribuaient autrefois en fin d’année au moins une partie de leurs bénéfices ne le font plus ?) sont devenues des organisations financières tellement lucratives que toutes les banques se dotent d’un pôle assurance. Les banques, dont on ne peut plus se passer légalement (comment avoir accès à son salaire autrement que par l’intermédiaire d’une banque ?) ne procèdent pas d’autre manière que d’un système pyramidal à la Madoff, et ceci en toute légalité. Imaginez que tous les dépositaires veuillent vider leurs comptes en même temps, impossible car les banques n’ont pas les liquidités correspondantes, ont-elles seulement la contrepartie en titres ? Rien n’est moins sûr puisque la plus grande partie est placée sur des marchés à risque (ne serait-ce que des actions), ce qui prouve que votre argent, quand la banque vous le restitue, provient des autres clients. Alors à partir de quelle hauteur, ou largeur de pyramide, le procédé s’appelle-t-il de l’escroquerie ? Les organismes de prêt: ni plus ni moins que des usuriers qui n’ont qu’un seul but, vous faire croire qu’ils contribuent à satisfaire vos besoins quand vous en avez. Leurs taux sont usuraires (même si ça n’en a pas le nom et sous un couvert légal), et même s’ils vous offrent quelquefois des prêts limités à taux zéro, vous paierez au minimum une prime d’assurance exorbitante.

S’agissant maintenant des salaires, gagner plus en travaillant moins.. Facile aux syndicats et leurs commanditaires de vous faire croire que vous méritez des augmentations de salaire, facile d’attirer les foules avec de tels slogans, mais le problème n’est pas là ! A ce jeu l’employé sera toujours perdant: soit son pouvoir d’achat s’érodera par l’inflation, soit il perdra son emploi suite à une dé-localisation. Aucune loi coercitive ne contraindra un employeur à maintenir ses activités. Aucune loi coercitive n’empêchera un employeur à créer une entreprise où le coût de la main d’oeuvre est moins élevé. Tant que vous ne vous battrez pas pour rendre équitable les rémunérations entre travail et capital, et tant que vous n’aurez pas compris que l’état ne peut pas payer de plus en plus de fonctionnaires, vos avancées sociales seront illusoires.
Dans les entreprises, il est quand même inadmissible, honteux, injuste, voire provocateur d’octroyer chichement 2% d’augmentation aux bas salaires et d’en octroyer 14% (par exemple, et quand ce n’est pas beaucoup plus !) à l’équipe de direction.

La véritable solution, pour l’amélioration des salaires par une action revendicatrice passe par un traitement des causes, et pas des conséquences. Si les salariés voulaient vraiment s’en donner la peine, plutôt que de rabâcher les slogans propagandistes de leurs syndicats, ils en auraient les moyens dans leurs entreprises en exigeant une meilleure répartition des rémunérations: d’une part entre travail et capital, et d’autre part par une réduction de l’échelle des salaires, en exigeant que les taux d’augmentation soient obligatoirement d’autant plus faibles que les rémunérations (tous avantages confondus) sont plus élevées, et ceci au moins pendant plusieurs années, le temps de retrouver une certaine équité. Dans ce cadre là, le gouvernement peut les aider, car ce sont des revendications de justice, mais imposer une augmentation généralisée des salaires relève de l’irresponsabilité, et ne garantit aucunement la pérennité d’un meilleur pouvoir d’achat, ni une amélioration de l’emploi dans l’avenir. Du côté de la réduction des charges, l’action doit être effectivement à l’initiative du gouvernement, et les slogans de la rue peuvent aider à l’y convaincre.

Ceci étant dit, je crains bien, et je dirais même que la probabilité en est en train de croître, un conflit social majeur, forcément pire qu’en Mai 68 à cause d’un taux de chômage accru et d’une plus large disparité entre pauvres et nantis, qui se fera à l’initiative de syndicats revanchards et non représentatifs, noyautés par des partis extrémistes et anarchistes qui n’ont rien à perdre puisque leur seul but est la chienlit.
Paradoxalement, la seule voie pour satisfaire les revendications telles qu’elles sont exprimées actuellement, c’est celle préconisée par Besancenot, la révolution par la rue. Elle aboutira, certes, à satisfaire ces revendications, mais au final le résultat à moyen terme sera une réduction générale du pouvoir d’achat, conformément à ce qui doit inéluctablement se produire: un équilibrage progressif entre les pouvoirs d’achat des pays développés et ceux qui sont en voie de développement. Les idées du NPA sont de nature à faire accepter cet équilibrage de manière brutale et intense (croyez-vous vraiment que les employeurs privés seront alors convaincus de maintenir des emplois en France ?), alors qu’une gestion éclairée de la crise s’inspirant des méthodes que je préconise ci-dessus limiterait les conséquences de cette mondialisation.
Et puis... les révolutions n’ont jamais résolu les problèmes de disparité de revenus, elles aboutissent au mieux à une redistribution des richesses des nantis, en n’agissant aucunement sur le pouvoir d’achat des « masses laborieuses » comme dit Mme Laguiller.