Notre environnement est en perpétuelle évolution, soit naturellement, soit du fait de l'action des hommes, seuls êtres vivants ayant la capacité d'agir durablement sur leur environnement. Ainsi, nous sommes confrontés en permanence aux conséquences du progrès dans toutes les acceptations du terme: progrès scientifique, industriel, sociétal, etc... La plupart des hommes y travaillent plus ou moins vigoureusement (des chercheurs aux ouvriers exécutants), mais certains le combattent, ou en combattent certains aspects, par crainte de l'avenir ou par conviction. Les acteurs du progrès agissent soit par curiosité naturelle et désintéressée, soit par intérêt personnel. Les contradicteurs agissent par idéalisme, essentiellement dicté par la peur du lendemain. Et de fait, le conflit permanent entre les acteurs du progrès et ses détracteurs est probablement un processus humain positif, apte à obliger à réfléchir et prendre du recul vis-à-vis des conséquences sur le long terme. Le progrès effectif résulte, sans qu'on en prenne vraiment conscience, de cette discussion contradictoire. Mais le combat pur et simple qui semble devenir la pratique la plus courante de minorités agissantes et hyper-médiatisées, est-il la façon la plus efficace de maîtriser l'évolution du monde ? Pour replacer la polémique à sa juste valeur, une réflexion s'impose sur cette évolution voulue et initiée par l'homme, et en premier lieu une réflexion sur ce qu'est en fait le progrès, et comment l'homme intervient dans son processus.

Définition:

Définissons d'abord le terme pour situer l'objet de cette réflexion : nous appellerons "progrès" toute évolution, sans jugement de valeur, proposée ou réalisée par l'homme, par opposition à l'évolution naturelle de l'Univers que nous ne pouvons que constater. Dans le terme "progrès", il y a souvent ambiguïté entre "mouvement en avant" et "avancement en bien", la valeur du "bien" étant d'ailleurs déjà en soi discutable. Ainsi entend-on quelquefois dire "ce n'est pas un progrès, c'est un retour en arrière". Nous nous placerons ici dans la première acceptation et nous appellerons progrès toute évolution technique, technologique, industrielle ou sociétale, par rapport à un état antérieur, et ceci sans jugement de valeur a priori. Notre propos fera cependant surtout référence aux progrès scientifiques, alimentés par la recherche et la curiosité des hommes.

Ainsi, dans cette acceptation, et quelle que soit la perception qu'on en a à un moment donné, le progrès est inéluctable, et ce n'est que l'histoire qui peut, a posteriori, en évaluer les conséquences. Comprenons d'abord, que, dans notre appréhension quotidienne, et notre critique, du progrès, nous ne raisonnons que par rapport à un horizon limité dans le temps, de quelques années à une vie humaine, ou tout au plus les quelques 2 ou 3 générations qui nous précèdent, celles qui nous donnent accès à un témoignage humain direct. L'homme est la plupart du temps victime d'une myopie intellectuelle dans son appréhension de l'évolution de l'Univers, ne réalisant pas combien de temps a été nécessaire pour atteindre sa situation actuelle. Tout se passe comme si le temps passé s'était contracté dans son esprit de manière d'autant plus importante que le sujet est lointain dans le passé. Ainsi, à titre d'exemple, avons-nous tendance à inférer que le réchauffement de notre planète constaté depuis quelques années, ou dizaines d'années tout au plus, est un phénomène de long terme qui ne s'infléchira pas de sitôt si l'homme ne change pas son comportement. Or, dans tout processus naturel les courbes d'évolution sont affectées d'accidents plus ou moins importants et plus ou moins rapides, dans un sens ou dans l'autre. Ce qui se passe actuellement est à considérer en regard d'une évolution moyenne à l'échelle du millénaire au moins, voire de la dizaine ou de la centaine de millénaires, par comparaison avec ce qui s'est passé aux différentes périodes de réchauffement et glaciation antérieures de notre planète. Entendons nous bien, je ne veux pas par là nier le gaspillage et la gestion désastreuse que l'homme fait des énergies disponibles, engendrant par là un réchauffement certain , et donc je ne nie pas que ce soit un sujet de préoccupation important voire essentiel, mais je dis simplement qu'il est possible - et non pas probable, je n'aurais pas cette prétention - que cette action soit un accident à l'échelle de l'évolution de la planète.

Activisme anti-progrès:

Il est étonnant de constater la crainte qu'ont les hommes vis-à-vis du futur immédiat malgré leur agrément que la situation actuelle résulte de millions d'années. Nous n'avons quasiment jamais l'idée de renier le progrès par rapport aux siècles passés, et même nous réjouissons-nous de notre situation actuelle par rapport à celle de nos ancêtres. En fait, comme dans tout processus évolutif, les inconvénients ou défauts engendrés par le progrès sont toujours suivis, un jour ou l'autre, d'une réaction ayant pour conséquence d'en apporter les corrections. Ceci peut se faire, hélas, au détriment de vies humaines, quand les inconvénients ne sont perçus que suite à des conséquences dramatiques. Et le conflit cité plus haut, entre anti et pro, est de nature à atténuer l'amplitude de l'évolution en alternance de ce processus d'action - réaction. Ceci étant, pourquoi se désole-t-on plus des ravages engendrés par des évolutions malheureuses du "progrès" que de ceux engendrés par les guerres ou les famines, tous deux de la responsabilité de l'homme ?

Je remarque que, dans le conflit entre anti et pro, la confrontation est de plus en plus âpre et exacerbée et les oppositions de plus en plus rapides et virulentes, sans doute grâce à l'explosion des moyens de communication, qui permettent aux minorités de s'exprimer, expression immédiatement relayée par les médias, tant ils sont friands de faits divers. Car ce combat est bien l'œuvre de minorités, dont le seul vrai argument est le principe de précaution vis à vis de futures catastrophes - qui restent hypothétiques, malgré la présentation d'exemples alarmistes soi-disant concrets mis en avant - . Il est d'ailleurs remarquable que le progrès n'est éventuellement combattu que par ceux qui sont en mesure d'en profiter: les Biafrais et Bangladeshis voudraient bien en profiter, eux!

Toutes les armes sont bonnes pour les activistes, allant d'actions intellectuelles (y compris d'embrigadement) à des actions physiques de subversion sur les personnes ou les biens. Parmi les armes intellectuelles de ces minorités agissantes, Internet est largement exploité, et elles n'hésitent pas à envahir le médias très au-delà de leur représentativité réelle, se gardant bien d'en admettre le préjudice et d'en combattre quel qu'effet nocif que ce soit !