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REACTIONS SUR L'ACTUALITE

Décembre 07

8/12/2007 - Réaction à la pétition "Sauvons la recherche"

Puisqu'il semble que le site de Sauvons la Recherche ne brille pas par son esprit d'ouverture vis-à-vis de contradicteurs, j'insère ici ma réaction au texte qui sert de support à cette pétition. Je crains qu'on y fasse l'amalgame entre la recherche et la surpopulation des universités, ou que l'on en prenne prétexte pour résoudre le problème.
Je reprends donc ce texte pour le commenter point par point :

"L'enseignement et la connaissance sont importants parce qu'ils définissent ce qui, à travers les siècles, a fait de nous des humains, et non parce qu'ils peuvent améliorer notre compétitivité mondiale", ainsi s'exprimait récemment D. Faust, présidente de l'université de Harvard.

  • Certes, mais, venant de cette personne, on nous accordera que ça n'implique pas l'indépendance de la recherche vis-à-vis du privé, et n'est pas exclusif d'une confrontation entre prospective et réalité économique.

Comme l'université française a assumé depuis vingt ans un quasi-doublement des effectifs étudiants sans moyens suffisants pour accompagner cette évolution, elle se trouve aujourd'hui en grande difficulté pour remplir les missions de production et de transmission des connaissances qu'implique une telle vision.

  • Le problème est peut-être moins de financer les moyens du succès de l'université, surtout si l'on prend conscience que ce doublement provient essentiellement de la vulgarisation du bac, qui créé un afflux de candidats vers les filières sans sélection d'entrée, que d'évaluer la pertinence de ce doublement d'effectif d'étudiants vis-à-vis de la réalité économique et des possibilités d'embauches ultérieures du pays. La recherche ne doit pas financer l'emploi pour financer l'emploi. Elle n'est efficace que dans la mesure où les chercheurs sont de haut niveau, surtout quand il s'agit de recherche fondamentale : qui croira que le doublement des effectifs étudiants correspond à un doublement des chercheurs potentiels. Il est plus probable qu'il manque des places dans des filières plus opérationnelles comme les BTS, DUT et autres, et que c'est dans ce sens que les revendications devraient d'abord s'orienter.

Pour améliorer cette situation, de nombreuses propositions ont été formulées par la communauté scientifique. Mais le gouvernement les a ignorées et a tiré argument des difficultés réelles de l'université pour transformer complètement, brutalement et sans réelle concertation, l'ensemble du dispositif national de recherche et d'enseignement supérieur, afin que celui-ci puisse être géré comme une entreprise, afin qu'un objectif majeur de l'enseignement supérieur soit la professionalisation immédiate, et que la recherche soit avant tout finalisée et à court terme.

  • La recherche applicative est nécessaire à notre économie, et ce ne sont pas les chercheurs seuls qui peuvent en définir les orientations, contrairement à ce que tente actuellement la communauté de la recherche. Par contre l'état doit veiller à ce que les moyens de la recherche fondamentale (ou non finalisée) restent à la hauteur des besoins d'une nation comme la France, et doit financer d'une manière ou d'une autre ce volet de la recherche, et ce peut-être, en partie, pourquoi pas aussi indirectement par incitation auprès d'entreprises privées, surtout dans la réalité contemporaine où elles reçoivent une grosse partie de leurs subsides de recherche par l'intermédiaire des instances européennes (qui ne financent pas uniquement la recherche applicative, on peut m'en croire pour y avoir participé activement).

L'urgence aurait dû être d'investir massivement dans les universités, y compris en moyens humains. Mais l'urgence pour le gouvernement a été la mise en place de la LRU (Loi libertés et responsabilités des universités), c'est-à-dire un cadre (l'autonomie des universités) qui lui permette d'accélérer un désengagement financier, tout en masquant cette démarche par des effets d'annonce.

  • Il s'agit là purement et simplement d'un procès d'intention : où sont les preuves qui corroborent une telle affirmation ?

Cette autonomie verra un fort accroissement des pouvoirs attribués aux présidents d'université, qui auront en particulier la haute main sur les processus de recrutement de personnel, au mépris de la norme internationale, qui recommande un recrutement par des pairs compétents.

  • Il s'agit là aussi d'un procès d'intention : pourquoi cela serait-il antinomique de recrutement pas des pairs compétents ?

L'autonomie scientifique des universités ne sera qu'une façade dans une construction dirigiste et centralisée entièrement contrôlée par l'ANR (Agence Nationale de la Recherche), imposant une recherche sur projets à court terme, sans prise de risque, sur les axes détaillés établis par le ministère, avec un nombre croissant de personnels précaires.

  • Il s'agit là aussi d'un procès d'intention, et, s'agissant de l'argent des citoyens, il faut bien, d'une manière ou d'une autre, un encadrement des dépenses.

Ce dispositif de contrôle du champ scientifique par le politique est complété par l'AERES, agence d'évaluation entièrement constituée de personnalités nommées.

  • Il s'agit là aussi d'un procès d'intention : la loi de programme no 2006-450 du 18 avril 2006 pour la recherche qui instaure l'AERES, lui confère un statut "d'autorité administrative indépendante". Pourquoi ne pas orienter alors plutôt l'action dans un sens plus productif, vers une revendication pour un contrôle de la nomination des évaluateurs de l'AERES, plutôt que de combattre le projet dans son ensemble. Sachant d'ailleurs que la dimension européenne doit être prise en compte, une politique de recherche franco-française, sans tenir compte de la réalité européenne n'ayant aucun sens : "comment imaginer être compétitif devant les Etats-UNis, et les pays émergeants que sont la Chine et l'Inde sans une dimension européenne ?".

Les phénomènes de concentration de pouvoirs sans contre-pouvoirs seront aggravés par la disparition programmée des EPST en tant qu'organismes de recherche ayant une politique scientifique autonome, en particulier le CNRS, principal vecteur d'une recherche non finalisée sur le long terme privilégiant la pluridisciplinarité et la prise de risque.

  • Il s'agit là aussi d'un procès d'intention : où cette disparition est-elle programmée ? Mais il est vrai que les EPST avaient été créés par les socialistes en 1982, et qu'à cette occasion, le personnel du CNRS (le plus important des EPST) devenait fonctionnaire !

Les UMR (Unités Mixtes de Recherche, dépendant d'une université et d'un organisme de recherche), représentent l'endroit où peut s'articuler une vision nationale et internationale assurée par les organismes de recherche, et la dimension locale qui relève de l'université de tutelle. Cette articulation permet de coordonner l'effort de recherche dans chaque champ disciplinaire et dans le contexte international. La commission d'Aubert prépare aujourd'hui la suppression de fait de cette double tutelle, et s'apprête ainsi à casser un système qui a fait la preuve de ses vertus structurantes.

  • Pourquoi la recherche privée ne peut-elle être associée aux UMR ? Certes, il est délicat d'encadrer la recherche fondamentale, mais comment accepter que seuls les chercheurs puissent définir les programmes de recherche d'une nation, sans tenir compte des réalités économiques, il y a là un risque grave de déconnexion à long terme entre la recherche fondamentale et l'évolution du monde. Les UMR devraient être des UTR Unités Triples, université, recherche et privé !

Face à ces mesures qui nous paraissent inadaptées et dangereuses, nous demandons :
Pour les acteurs de la recherche et de l'enseignement, une véritable autonomie scientifique et pédagogique par rapport au politique (qui n'implique aucunement un désintérêt pour les demandes de la société).

  • Là, c'est moi qui fais un procès d'intention : le citoyen a le droit de s'assurer que la recherche publique se fait bien au bénéfice de la nation. Et le rôle du politique n'est-il pas précisément de réaliser cette liaison entre activité et besoin de la société, quand il s'agit  d'organisme public ? Que la recherche bénéficie de l'autonomie nécessaire à une libre créativité, soit, mais en déduire le contenu pédagogique, certainement pas, qui doit rester corrélé dynamiquement avec l'évolution de la réalité économique. Autant il est pertinent que qu'une certaine partie du corps enseignant soit composée de chercheurs, autant il serait utopiste de leur laisser l'initiative du contenu de l'enseignement, par définition d'ailleurs de leur qualité de chercheurs du fondamental !

Contrairement à ce que la référence à l'autonomie des universités veut laisser croire, cette autonomie-là leur est refusée.  Un renforcement du partenariat entre universités et organismes de recherche, en maintenant le principe d'une double tutelle (locale et nationale) sur les unités mixtes de recherche.  Une répartition complètement modifiée des affectations de moyens pour l'enseignement supérieur et la recherche prévues dans le budget 2008. Il faut diminuer les crédits affectés à l'ANR et au Crédit Impôt Recherche, pour augmenter ceux versés aux laboratoires par le biais des établissements (universités et organismes de recherche).

  • La recherche d'un pays comme la France doit inclure la recherche privée, sinon il y a risque d'éloignement entre les objectifs économiques à long terme et le contenu de la recherche (je parle bien là de recherche non finalisée). C'est le rôle de l'ANR de s'en assurer en répartissant pertinemment les financements. Acteur du privé, j'ai toujours beaucoup travaillé avec certaines Universités, et fait la promotion de tel partenariat, à la grande satisfaction d'ailleurs des universités concernées, et surtout de leurs chercheurs.

L'octroi aux universités d'un financement par étudiant équivalent à celui des classes préparatoires, des BTS et des écoles professionnelles. Un tel soutien public est la condition indispensable pour pouvoir renouer avec l'ambition de démocratisation scolaire et pour que le financement privé ne conduise pas à un contrôle des activités d'enseignement supérieur et de recherche par le privé.

  • Il s'agit d'un manque de réalisme flagrant, et là aussi d'un procès d'intention : comment croire qu'une contribution du privé serait défavorable aux étudiants, car enfin, le rôle de l'université est d'abord de former des hommes "embauchables" par des entreprises, même si on reconnaît que le potentiel de recherche fondamental en est issu. Je réitère ce que je disais plus haut : ne devrait-on pas plutôt rééquilibrer les moyens et la répartition des étudiants entre l'université et les écoles de formation bac+2 ? Notre pays a galvaudé le bac et nos universités se trouvent encombrées d'étudiants rapidement dépassés ; rappelez-moi le pourcentage de défections à l'issue de la première année ?

Un plan pluriannuel de création d'emplois (chercheurs, enseignants-chercheurs, ingénieurs, techniciens, administratifs) afin de pouvoir renforcer l'encadrement pédagogique en premier cycle, sans recourir à des heures supplémentaires : il importe d'augmenter le temps que les enseignants-chercheurs peuvent consacrer à la recherche, pas de le diminuer ! La moitié de l'augmentation du Crédit Impôt Recherche suffirait pour mettre ce plan en place.

  • Il me semble que ce soit précisément un des rôles assignés aux responsables des universités par la loi Pécresse. Encore une fois, une recherche efficace ne se mesure pas à la quantité de chercheurs, mais aussi à leur qualité : créer des postes, oui, peut-être, mais pour de bons chercheurs, pas pour diminuer le chômage !

Nous demandons que les principes défendus ici soient pris en compte, et se traduisent dans les faits par un changement net de la politique menée actuellement. Nous demandons que soient clairement explicitées les perspectives d'évolution de notre système, et que toute nouvelle décision engageant son avenir soit précédée d'une concertation avec les instances véritablement représentatives des personnels. Dès à présent, nous nous attacherons à animer le débat sur ces questions auprès de nos collègues et concitoyens. Prochainement, un bilan sera fait de la prise en compte de ces demandes, notamment par la commission d'Aubert, et à travers les budgets affectés aux universités et aux organismes de recherche. Si ce bilan ne fait pas apparaître les garanties indispensables et que se confirment les menaces sur l'avenir des organismes de recherche, nous mettrons en oeuvre d'autres moyens d'action pour stopper cette évolution.

En conclusion,

Ne s'agit-il pas plutôt, derrière des prétextes fallacieux et faussement d'intérêt du pays, de lutter contre une certaine privatisation, dont les chercheurs les moins compétents pourraient pâtir ?

Il est quand même étonnant de voir avec quel acharnement une couche de la société, qui se veut progressiste, combat un programme qui a été choisi par une majorité de Français, en toute connaissance de cause ! Sommes nous vraiment en démocratie ?

Non je ne signerai pas une pétition dont les rédacteurs et les signataires sont forcément juges et partis, essayant de faire croire à un jugement impartial. La démocratie voudrait pour le moins qu'on émette une autre pétition contradictoire pour comparer les nombres de signataires avant d'affirmer que celle-ci est représentative.

Je crois enfin sincèrement que ce pays a besoin d'un bon "coup de pied dans la fourmilière" pour apprendre à se bouger. On n'est plus en 1789 que diable !
L'ambiance actuelle a au moins le mérite de provoquer le débat contradictoire ...

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Resolution conseillee:1024x768px - Première mise en ligne 15/01/2007